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Parménide et la découverte du fait d'être.

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Message  larchange le Ven 16 Déc 2016 - 22:23

"Le pluriel du participe est utilisé. "Etant", en grec, c'est "on" [omicron-nu] tout simplement mais c'est "onta" au pluriel [omicron-nu-teta-alpha]. "Onta" ce sont les étants. En grec on utilise un neutre pluriel. Il y a aussi un participe masculin, un participe féminin près du participe neutre. Pour dire "les hommes qui existent" il y avait une forme, "les femmes qui existent" une autre forme. Mais quand on dit "onta" on parle des choses qui existent. C'est un pluriel neutre qui fait appel, allusion à quelque chose de général. C'est le sens générique. Le sens du mot "onta" (non pas la traduction qui est : "étants") ce sont les choses concrètes ou abstraites, les choses matérielles ou spirituelles. On rajoute un article neutre, "ta", qui n'est ni masculin ni féminin. "ta onta" : les chose qui existent, "les étants".
Dès que la philosophie commence à regarder les choses, elle regarde "ta onta". Le premier philosophe pose le regard sur les choses et il se pose des questions sur les choses, est-ce que toutes les choses sont semblables ? Toutes les questions posées par les premiers philosophes concernent "ta onta". Déjà en grec dire les choses cela veut dire les étants. Que sont "les étants" ? Est ce qu'il y a "des étants" privilégiés ? Quelle est l'origine des "étants" ?

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Message  larchange le Sam 17 Déc 2016 - 8:43

"Pour nous c'est un mot ["étant"] qui fait partie du vocabulaire des initiés, mais pour un grec c'est une notion tout à fait banale. Et l'on pose la question au pluriel parce que le philosophe s'intéresse à la totalité, à toutes choses, et non à une chose.
Nous trouvons cette formule "ta onta" dans les tous premiers textes philosophiques parvenus jusqu'à nous. Dans les trois lignes qu'il nous reste d'Anaximandre, au début du VI siècle (avant JC), il y a déjà cette expression "ta onta".
[Lorsque Anaximandre parle de "ta onta" il parle de tout : les dieux, les animaux, les étoiles. Il parle d'une source de tout "étant" puis retour à cette source après un cycle dans le temps. Tant que les choses se trouvent en leur devenir, elles se font injustice les unes par rapport aux autres. Elles doivent payer cette injustice en revenant à l'origine].
Il y a aussi un participe passé et un participe futur du verbe être. Mais pourquoi les philosophes n'ont utilisé que le participe présent ? Parce que les philosophes parlent des choses présentes. Ce qui s'est passé n'existe plus, ce qui se passera n'existe pas encore. Donc "ta onta" ce sont les choses présentes et envisagées sans aucune nuance temporelle. On pourrait parler d'un présent éternel. Quand un philosophe parle de "ta onta" il parle de quelque chose qui était, qui est et qui sera. Le présent était présent hier, il est présent aujourd'hui, il sera présent demain. On appelle cela le présent philosophique. C'est en ce sens que "ta onta" est un participe présent.
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Message  larchange le Dim 18 Déc 2016 - 8:14

"Ta onta" fait allusion à la totalité des choses. Pourtant quelques années après le début de la philosophie il y a des philosophes qui commencent à utiliser le mot "physis" pour faire aussi allusion à la totalité des choses. La "physis" c'est la nature et la nature est aussi constituée par la totalité des choses. C'est le cas d'Héraclite qui le premier utilise le mot "physis". Mais le mot  "physis" est un singulier, ce n'est pas un mot pluriel comme "ta onta". C'est toutefois un faux singulier car c'est un singulier générique. Ce que Héraclite dit à propos de la nature est valable pour toute chose qui se trouve dans la nature. Lorsque Héraclite dit qu'il faut écouter la "physis", la "physis" c'est la tension des forces opposées. Ces tensions se trouvent en chaque chose, mais aussi dans l'ensemble des choses. Déjà le passage d'un pluriel au singulier c'est un bond en avant considérable pour la philosophie. La philosophie vient de trouver un sujet singulier. Ce sujet singulier chez Parménide ce sera l'être. Ainsi avant d'arriver à l'être il faut commencer par la langue, par le pluriel des "étants" et ainsi on arrive à l'être".
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Message  larchange le Dim 18 Déc 2016 - 8:54

"Parménide est contemporain d'Héraclite, fin du VI siècle, début du V siècle. Il naît près de Naples. Il a écrit un poème "De la nature" dont nous avons conservé trois pages. Ce poème commence par le récit d'un voyage. C'est à propos de ce voyage que nous avons parlé de la notion de "logos". C'est le voyage qu'entreprend un jeune homme à la quête d'un maitre de vérité, d'un professeur de philosophie. Dans son voyage il y a un obstacle à franchir, des portes solides, mais avec des logos séducteurs les gardiennes ouvrent les portes.

[Les grecs appelaient "logos" la forme que prend une argumentation lorsqu'elle respecte les règles de la logique. On peut traduire "logos" par discours rationnel].

Début de ce poème :

Fragment I

"Les cavales qui m'emportent m'ont conduit aussi loin que mon coeur pouvait le désirer, puisqu'elles m'ont entrainé sur la route abondante en révélations de la divinité, qui, franchissant toutes cités, porte l'homme qui sait. C'est par cette route que j'ai été porté; car c'est sur elle que m'ont conduit les très prudentes cavales qui tiraient mon char, et des jeunes filles montraient la route.

Et l'axe brûlant dans les moyeux jetait le cri strident de la flûte -il était pressé de chaque côté par les deux roues rondes- quand les Filles du Soleil, ayant laissé derrière elles les demeures de la nuit, se hâtaient de courir à la lumière, rejetant de leurs mains les voiles qui couvrent leurs têtes.

Là sont les portes qui ouvrent sur les chemins de la Nuit et du Jour, encastrées entre un linteau, en haut, et en bas un seuil de pierre; elles s'élèvent dans les airs, portes aux forts châssis, et c'est la Justice aux nombreuses rigueurs qui en détient les clefs à double usage. Les jeunes filles la séduisirent par de douces paroles et la persuadèrent habilement de vite leur écarter des portes le verrou chevillé; celles-ci s'envolèrent, créant un espace béant entre les battants et faisant tourner en sens opposé les gonds garnis de cuivre dans les écrous ajustés par des chevilles et des agrafes; et voici qu'à travers les portes, tout droit sur la grande route, les jeunes filles guident le char et les chevaux.

Et la déesse m'accueillit avec bienveillance, prit ma main droite dans sa main, et m'adressa la parole en ces termes : ô jeune homme, toi qu'accompagnent d'immortels cochers, toi qui, avec ces cavales qui t'emportent, atteins notre demeure, salut. Ce n'est certes en rien un sort funeste qui t'a mis sur cette route (car elle est à l'écart du sentier des hommes), mais la justice et le droit. Or il faut que tu sois instruit de tout, du coeur sans tremblement  de la vérité, sphère accomplie, mais aussi de ce qu'ont en vue les mortels, où l'on ne peut se fier à rien de vrai. Mais oui, apprends aussi comment la diversité qui fait montre d'elle-même devait déployer une présence digne d'être reçue, étendant son règne à travers toutes choses"
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Message  etoilefilante le Dim 18 Déc 2016 - 12:21

Mais quel travail !


Dernière édition par etoilefilante le Ven 29 Sep 2017 - 8:38, édité 1 fois

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Message  larchange le Lun 19 Déc 2016 - 14:05

"Ce qui nous intéresse maintenant c'est l'originalité de Parménide qui a essayé de ressortir tout ce qui est présupposé dans cette formule "ta onta". Que voulons-nous dire quand nous disons "ta onta" ? "Nous" ici désigne les philosophes antérieurs à Parménide. Et pour la première fois Parménide décide d'utiliser le singulier. Au lieu de parler de "ta onta" il va parler de "to on" [on, omicron, nu, est le participe présent singulier neutre du verbe être]. Comme dans le cas de "physis" le singulier "to on" est un faux singulier qui veut dire quelque chose. Etant donné que toutes les choses partagent quelque chose, au lieu de parler des choses Parménide va parler de l'étant. L'étant c'est ce qu'il y a de commun dans toutes les choses. Ainsi l'anthropologue va parler de l'homme mais lorsqu'il parle de l'homme, qui est singulier, il étudie ce qui est commun à tous les hommes. C'est l'unité générique qui embrasse une multiplicité. Et parce qu'il s'agit d'une unité il faut l'écrire au singulier. Voilà la fameuse unité parménidienne. C'est l'unité d'une notion qu'il trouve dans tous les étants.
Au lieu d'étudier un étant + un étant  + un étant, il étudie ce qu'il y a dans tous les étants. Et ce qu'il y a dans tous les étants c'est de l'être. S'il y a des étants, s'il y a des choses préexistantes, c'est qu'il y a de l'être. S'il n' y avait pas de l'être il n' y aurait pas les étants. Cela nous semble d'une banalité totale et c'est cela la philosophie de Parménide. S'il y a des étants c'est parce qu'il y a de l'être. Et c'est à ce moment-là que la philosophie est née".
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Message  melody2020 le Lun 19 Déc 2016 - 14:10

j'ai tout compris..blague à part "presque tout compris" je suis intéressée..plus impressionnée..et enchantée que parmi nous il y ait des membres qui ont fait de la philo. leur spécialité (dans la vie je suppose)..bravo..
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Message  etoilefilante le Lun 19 Déc 2016 - 16:06

"Ce qui nous intéresse maintenant c'est l'originalité de Parménide qui a essayé de ressortir tout ce qui est présupposé dans cette formule "ta onta". Que voulons-nous dire quand nous disons "ta onta" ? "Nous" ici désigne les philosophes antérieurs à Parménide. Et pour la première fois Parménide décide d'utiliser le singulier. Au lieu de parler de "ta onta" il va parler de "to on" [on, omicron, nu, est le participe présent singulier neutre du verbe être]."

Pour aborder en profondeur la philosophie antique, il faut avoir fait du grec ancien, comme toi larchange, ou à tout le moins moins avoir quelques notions de cette langue, ce qui me manque cruellement. J'ai beau posséder le précieux manuel "hermaionn", initiation au grec ancien, je ne m'en sors pas !

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Message  larchange le Lun 19 Déc 2016 - 17:33

L'époque où j'ai fait du grec ancien remonte à..Mathusalem ! j'ai tout oublié, sauf que je peux toujours lire le grec ancien et que, dès que je vais rechercher les conjugaisons, tout me parait familier ! Alors que je n'ai étudié le grec ancien que deux ans. Mais quelle langue !!!

Je suis embarqué, pour le petit Samuel, dans une démonstration du théorème de Pythagore qui me parait interminable. Mais quelle beauté le raisonnement grec. Leur démonstration du théorème de Pythagore (c'est Euclide qui l'a faite d'ailleurs cette démonstration) ne s'appuie sur aucune mesure. Rien que du raisonnement pur ! C'est là que je suis émerveillé par l'esprit grec, un génie qui est parvenu à établir des démonstrations sans aucune référence à l'observation !
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Message  etoilefilante le Lun 19 Déc 2016 - 18:28

Je m'étais inscrite pour un cours de grec ancien pour débutant, cours dispensé par l'EPHE qui avait une antenne à la Sorbonne. Le problème c'est que tous les jeunes qui étaient avec moi avaient fait du grec durant leur parcours scolaire. En fait ce cours était pour faux débutant. J'étais la seule à n'en n'avoir jamais fait. Je n'ai pas pu suivre. Dommage !

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Message  larchange le Mar 20 Déc 2016 - 18:30

"Ce que Parménide fera va consister à découvrir le fait d'être qui se trouve dans les étants, le fait d'être qu'il y a dans tous les étants. Pour Parménide il faudrait découvrir quel est l'être qui se trouve à l’intérieur de tous les étants. Ce qui est intéressant  c'est la manière parménidienne de nous introduire dans cette problématique. Parménide a écrit un poème, ce qui suppose qu'il veut privilégier un côté didactique, il veut toucher les gens. Parménide fait un effort pour entrer à l’intérieur d'un disciple. Au lieu de partir  de la notion de "to on" de l'étant, il arrive à cette notion après un long chemin. Dans les trois pages de son poème il fait un parcours gigantesque. Quel est le point de départ du schéma  parménidien ? Il exprime la philosophie par un long chemin à parcourir. Le point de départ de Parménide est tout simplement la troisième personne du singulier du verbe être. C'est le mot "esti", c'est le mot "est". Parménide prend comme point de départ : "est". C'est le premier mot que la maitresse de philosophie  (parce que ce jeune homme qui veut trouver un maitre de philosophie trouve finalement une déesse) la déesse lui dit : tu dois apprendre "esti" : est. En grec il est possible d’utiliser une troisième personne sans sujet. En français il faut dire: il est. Le point de départ est "est" tout simplement "est". Mais pourquoi "est", pourquoi cette troisième personne du verbe être ? Si cette troisième personne était accompagnée d'un sujet, il ...dieu...la nature...le poids de la formule serait tombé sur le sujet. Le sujet aurait été le héros de la formule. Mais Parménide a montré que ce qui est important ce n'est pas le sujet, c'est le verbe."
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Message  larchange le Dim 22 Jan 2017 - 10:44

"A ce moment-là il n'écrit aucun sujet. Il laisse la formule sans sujet. Et pourquoi à la troisième personne ? Parce que la troisième personne en grec, comme en français finalement est la personne qui se rapproche le plus de l'impersonnel. Quand nous disons : "il pleut", le "il" de "il pleut" n'est pas une personne, le "pleut" c'est à la troisième personne. Il tonne, il neige...troisième personne. "Il" est impersonnel, ce n'est pas une personne. En grec la troisième personne se rapproche le plus de ce qui serait un impersonnel. S'il y avait un sujet, le sujet aurait été le noyau. Mais du moment qu'il n' y a pas de sujet, Parménide peut renforcer ou mettre en avant le fait d'être. Imaginons qu'au lieu de dire "est" il aurait dit "aime" ou "mange", troisième personne. Imaginons un dialogue. Un interlocuteur aurait pu dire : qui aime ? qui mange ? Parménide aurait dit du moment que je dis mange ou que je dis aime je veux montrer que aimer est possible, manger est possible. Pourquoi ? Parce qu'il y a quelqu'un qui aime, il y a quelqu'un qui mange. C'est l'activité que je veux mettre en avant. L’activité d'aimer, l’activité de manger. Après on verra qui aime ou qui mange. Ce qui est important c'est dire que l'aimer a lieu, le manger a lieu. C'est pour cela que je le dis au présent : mange; aime; est. Donc au lieu de dire aime ou mange Parménide a dit "est" troisième personne du verbe être. C'est la même chose si l’interlocuteur redemandait : qui est ? Parménide aurait dit si tu veux le savoir il y a un sujet possible qui, nécessairement, appartiendra à cette troisième personne. Un seul sujet que tu devras tirer d'une manière analytique de l’intérieur de cette troisième personne. Cette troisième personne elle seule va produire un sujet et c'est le seul sujet qui produira une trace vraie dans toutes les langues du monde".
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